[Interview]

Publié le par Métastases

RoBERT
par Arno Mothra

RoBERTOlympia2010-2-1Vingt ans de carrière, cinq albums, douze clips, des dizaines de concerts : au fil des années, RoBERT a su aligner les succès et garder son public malgré une faible exposition médiatique. L'Olympia l'accueillera pour la seconde fois le 27 mars prochain, pour un concert unique marqué autant sous le signe de la continuité que du changement. Rencontre.


Votre concert du 27 mars sera votre deuxième date à l’Olympia, après avoir également rempli notamment la Cigale et l’Espace Cardin. Comment considérez-vous une telle réussite alors que votre démarche est restée indépendante ?
Je pense que c’est l’époque qui change, il n’y a pas de choses établies. J’ai sorti mon premier album dans une major, je ne m’y suis pas sentie bien et n’y suis donc pas restée ; je suis passée au système indépendant assez vite, système qui n’existait pas encore vraiment à ce moment-là, tout du moins pas dans les conditions actuelles. J’ai organisé seule mes concerts, mes tournées et mes disques. C’est une façon à la fois plus artisanale et plus proche d’exprimer ce qu’est l’artiste.

Est-ce votre manière de fêter sans artifices vos vingt ans de carrière ?
Pour ce spectacle je vais évidemment chanter, mais danseuse de formation, j’avais très envie d’y intégrer la danse et de m’intégrer moi-même dans la danse ; ce qui est un renouveau. J’ai voulu tout faire : créer les costumes, le décor, travailler avec une danseuse professionnelle… C’est effectivement une façon de me réapproprier toutes ces années puisque je n’ai rien relégué cette fois-ci !

N’est-ce pas un peu paradoxal pour vous d’avoir attendu aussi longtemps avant de mêler le chant et la danse sur scène ?
La danse était une grosse blessure, psychologique et physique… J’ai eu des problèmes de santé qui m’ont obligée à arrêter tout ça, il m’était donc douloureux de retourner vers elle. Je suis une grande fan de Pina Bausch, des chorégraphes contemporains, il était temps de revenir vers eux…

Après « Unutma » interprété en turc, « Le Prince bleu » sera revisité en russe en duo avec Alina du groupe  Markize. Comment abordez-vous tous ces voyages linguistiques ? Apprenez-vous en phonétique ?
J’apprends en phonétique effectivement. Il faut bien savoir qu’il s’agit toujours d’un voyage sans forcément se rendre dans un pays étranger – même si pour la Russie je donnerai prochainement un concert à Moscou –, c’est un voyage linguistique que j’adore. On m’avait dit que le russe était une langue assez compliquée, mais en fait pas tant que ça : pour comparaison, le turc est plus difficile que le russe car plus éloigné de notre prononciation. Ce sont aussi des langues qui correspondent à des pays que j’aime : j’ai chanté en turc parce que j’adore ce pays, et pour le russe l’occasion s’est présentée lorsque j’ai découvert cette chanteuse exceptionnelle sur Myspace. À la suite de ça, un ami m’a proposé une adaptation de texte puis nous avons envisagé le duo. Ce n’est pas chanter en langue étrangère pour chanter en langue étrangère, il y a une petite histoire autour.

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Cette nouvelle version du « Prince bleu » bénéficiera-t-elle d’un support single prochainement ?
Pas sûr, mais j’avoue que je ne m’occupe que très peu de tout ce qui a rapport à ça… Parfois les fans rigolent car il m’arrive de dédicacer des supports dont je ne connais pas les bonus (rires). En dehors des photos que je choisis, je ne me tiens pas au courant de tout.

En se référant à vos dvd live, on remarque une volonté de toujours réarranger vos compositions (« Hija de Puta », « Hé toi ! »). Est-ce une façon de ne pas répéter sans cesse les mêmes titres à la même sauce ?
De toute façon en concert l’énergie n’est pas la même, le live est un autre concept. Il s’agit plus d’un fait que d’une décision dans le fond.

Sur votre dernier dvd, Tour de France, on vous voit sur scène entourée uniquement de deux musiciens. Que préparez-vous pour l’Olympia ?
Il y aura un batteur (avec batterie électronique et acoustique), un bassiste, un guitariste, un violoncelliste, un clavier, une danseuse, très présente, et Alina.

Votre carrière a débuté avec Sine en 93, empreint de pop électronique et expérimentale assez proche des influences de l’époque de Mathieu Saladin, pour muer progressivement vers le néoclassique avec Six pieds sous terre et Sourde et aveugle. Comment travaillez-vous ces différentes quêtes musicales ? Connaissez-vous d’emblée les styles à explorer sur un nouvel album ou le choix évolue-t-il pendant l’enregistrement des titres ?
Le style s’impose souvent avec l’ambiance des textes. Par exemple, l’album Six pieds sous terre comporte des violons pour des choses qui mènent aux larmes, Sourde et aveugle étant dans l’ensemble plus espiègle le choix des arrangements n’est pas le même etc. À côté de ça j’ai cette passion pour les sons électroniques, des univers comme celui de Kraftwerk, donc rien n’est décidé à l’avance, j’ai d’ailleurs déjà créé des sons de percus avec ma voix (rires). J’aime chercher, à la base tous les morceaux sont testés en piano voix avant de dévier sur autre chose.

Ce doit être plutôt amusant d’incarner un symbole de la féminité avec un prénom masculin souvent assimilé à l’un des personnages des Bidochon… Est-ce une manière ironique d’assembler une certaine autodérision autour d’un univers artistique généralement peu porté par la gaieté ?
Pour ma part non, pas du tout. Je ne voulais pas m’appeler RoBERT et lorsque l’homme de ma vie m’a proposé ce prénom il y a vingt ans, j’ai cru à une boutade. Moi je voulais du : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », un nom de princesse, mais comme j’étais très amoureuse je n’ai pas voulu lui dire que je trouvais ce nom ridicule (rires). Trois jours après avoir adopté ce pseudonyme, dans un grand magasin une femme a appelé quelqu’un qui s’appelait « Robert », et je me suis retournée. J’ai effectivement toujours entendu quelque chose de Bidochon et de camionneur en Marcel, avant de percevoir « robe » et « air », si bien que je ne peux plus entendre ce prénom de manière masculine. Même en ayant beaucoup de caractère, je n’ai strictement rien d’un garçon.

Vous vous êtes carrément réapproprié ce prénom…
Tout à fait ! D’ailleurs la première fois que ma fille a vu un monsieur appelé Robert passer à la télé, elle a été très surprise ! Comme si ce monsieur s’appelait en fait Caroline (rires).

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On ressent depuis vos débuts une prépondérance, à côté des compositions, du graphisme développé par une équipe à qui vous êtes restée fidèle. Souhaiteriez-vous travailler avec d’autres photographes et comment voyez-vous cette idée de prolonger la musique par l’image ?
L’image est très importante pour moi. Après, même si la majorité du travail graphique a été faite par Vincent Malléa, j’ai aussi notamment travaillé avec Scalp pour Sourde et aveugle. J’ai besoin d’une intimité et de bien connaître les gens, ou plutôt que ces gens me connaissent de façon intime. Les séances photos se font si possible chez moi, à la campagne. J’angoisse à chaque fois donc j’ai besoin que cela se fasse à la maison. Et puis, c’est tout de même assez magique de pouvoir dire à un photographe : « Cette fois je porterai une robe de mariée, des bottes en caoutchouc vertes pour aller à la pêche, un fusil, et avec ça… Nous verrons bien ce que nous réaliserons. » Pour Six pieds sous terre j’avais le moral à zéro, j’ai dit à Vincent : « Fais des photos comme tu peux, j’ai mauvaise mine, je ne me sens pas bien, il faudrait expérimenter sur les couleurs », ce à quoi il me répond « Justement je travaille dans les verts, les roses »… Finalement, ça s’est porté sur quelque chose qu’il ne s’était pas imaginé, c’est-à-dire du marron (rires). J’ai en tout cas besoin de me sentir entourée par une famille, dans le staff, les gens présents autour de moi, ma maquilleuse, mon coiffeur ; il est important de savoir avec qui l’on travaille.

Grosse surprise au niveau de votre actualité puisque vous apparaissez sur le titre « Vampiria », issu du nouvel album de Triste Sire…
Il s’agit à nouveau de découverte via Myspace. Ils m’ont invitée sur leur page, j’ai écouté leur travail et j’ai trouvé ça super ! Suite à ça, ils ont fini par me demander de chanter avec eux. J’ai donc pris un billet de train pour aller à Lyon enregistrer mes parties voix, puis je suis rentrée chez moi. J’étais très contente de cette collaboration (rires). C’est important cette opportunité qu’offre Internet de pouvoir se rencontrer facilement entre artistes, car d’habitude les démarches sont compliquées entre les managers et les maisons de disques. Ça devient trop compliqué pour des choses simples. J’apprécie lorsque les prises de contact sont aussi simples que ça.

En plus d’une présence des guitares de plus en plus affirmée depuis votre tournée de 2008, ce duo confirme-t-il une future orientation plus électrique et électronique ?
Je ne peux pas vous répondre car je n’ai même pas envie de savoir (rires). Rien n’est planifié. C’est un peu comme si vous me demandiez où j’allais passer mes prochaines vacances (rires).

Avez-vous déjà quelques idées quant au prochain album ?
Non car tout se fait très vite autour d’un album. Mathieu compose, j’écoute, et sous l’enthousiasme j’écris rapidement car les idées arrivent presque instantanément. La création d’un album chez moi est très rapide, nous n’y réfléchissons pas avant. Par contre, après la composition de la musique et les textes, les arrangements peuvent prendre du temps.

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Vous avez publié en décembre dernier une première compilation de remixes réunissant à la sauce électro des titres issus de vos cinq albums. Quelle importance accordez-vous à ces réorchestrations libres ?
J’adore ça ! Je ne m’en mêle pas du tout puisque c’est Mathieu qui s’en occupe, et je trouve ça drôle… Ce serait génial qu’il puisse en faire plus d’ailleurs, j’adore les remixes (rires).

Aimeriez-vous aussi travailler là-dessus, dénaturer vos morceaux ?
Complètement oui ! Les démembrer, mélanger des petits morceaux de voix… c’est tellement agréable ! Le fait de charcuter un texte ne me pose en tout cas aucun problème.

Verriez-vous quelques chansons en version rap ? Puisque vous en avez l’air friande…
Non je ne le verrai pas, je préférerais demander directement à Dr Dre si lui le verrait (rires). Je ne sais pas s’il aurait l’inspiration, mais j’adorerais travailler avec lui !

Vous l’avez déjà contacté ?
Pas encore, mais ça arrivera sans doute. J’aime beaucoup Denzel Washington également, surtout pour le film Training day dans lequel Dr Dre apparaît sur la BO et en tant qu’acteur.

Votre titre « Personne » a été réadapté l’année dernière pour la pub de Givenchy, accompagné par un petit film d’animation réalisé par Gerlando Infuso. Un univers de conte de fées déglingué évoquant l’univers de Tim Burton et de Mathias Malzieu. Vous sentez-vous proche de ces personnalités, illustrant avec poésie une forme intimiste de l’onirisme et du désespoir ?
Oui, mais dans la vie je suis une personne très gaie, très joyeuse, même si pessimiste à l’intérieur. Cela se voit sûrement dans mes textes. Le clip « Ange et démon » de Gerlando s’assimile à un conte de fées, dans le même esprit que La petite fille aux allumettes qui est un conte terrible par exemple, comme tout ce qu’a écrit Andersen. Les contes sont des histoires violentes, bien loin des histoires niaises. Pour ma part je suis une grande fan des contes de fées et de la violence qui s’y trouve, sans doute pour le côté guerrier des personnages.

La violence est plus présente naturellement dans les contes destinés aux enfants que la niaiserie qu’on essaye parfois de vendre ?
Oui totalement, il est d’ailleurs étonnant que les gens retiennent de la Belle au bois dormant qu’elle s’endorme : ils oublient tout ce qu’il se passe autour …

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Votre mari et compositeur de toujours Mathieu Saladin a sorti l’année dernière la biographie Robert des non-dits. Était-ce une manière de remettre certaines pendules à l’heure quant à ce qu’on véhicule parfois sur vous ?
Absolument pas car je ne l’ai lue qu’une fois terminée. Amélie Nothomb avait déjà écrit une biographie, mais davantage basée sur ma vie d’enfant, alors que celle-ci retranscrit tout ce qui s’est passé de ma rencontre avec Mathieu jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai pas voulu m’impliquer là-dedans car d’une part j’ai oublié beaucoup d’évènements, et d’une autre je n’avais pas envie de me replonger dans les années « major ». J’ai réappris beaucoup de choses en lisant le contenu du livre (rires).

Votre prochain défi après ce deuxième Olympia ?
J’aimerais bien aller chanter à Las Vegas (rires). Il n’y aura bientôt plus d’eau là-bas donc je me dis qu’il faudrait s’y rendre rapidement (rires). J’aime bien les challenges assez drôles, inattendus… Ce serait marrant non ?

Plutôt ! Vous aimez voyager ?
Beaucoup. Même si ma destination favorite reste la Turquie, il m’est arrivé d’aller notamment à Los Angeles, à Las Vegas… J’aime beaucoup voyager.

À la fin du dvd du Tour de France, Mathieu Saladin évoque l’envie de renouveler l’expérience pour une deuxième tournée. Y avez-vous songé depuis ?
Oui. Elle sera évidemment différente de la première car il y aura plus de danse, en revanche certaines salles resteront les mêmes comme celle de Lille où la scène est assez grande. Avec une danseuse à mes côtés je pourrai moins me permettre les petites scènes… J’irai peut-être à Las Vegas ! (rires)



Interview réalisée par téléphone le 23 février 2010.
Crédits photos : Scalp

Publié dans Interviews

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