Il faut être honnête : un nouveau livre
signé par Jérôme Attal est toujours annonciateur de belles promesses rien qu'en regardant sa couverture. Parce que l'on sait (presque) à quoi s'attendre : le ton ne changera pas, les personnages
seront des amoureux transis (et par là-donc, complètement paumés), le paysage parisien sera lumineux quoique d'une solitude et d'une monotonie détestables. On sait aussi que, comme d'habitude,
l'auteur soignera avec poésie la vision peu flatteuse qu'il se fait du monde et du genre humain, en même temps qu'il s'autorisera quelques curiosités de style et de situations qui accrocheront
son lecteur jusqu'au bout. Pagaille monstre ne manque pas à la règle, vous incitant par ailleurs à vous poser certaines questions quant à votre capacité de prendre les bons
choix.
"L'important est de savoir se désister à temps". Cette citation pourrait approximativement résumer le caractère aventureux, las et désespéré de ce roman de
Jérôme Attal, roman plutôt
original puisque permettant au lecteur de choisir (délibérément ou non) le parcours du narrateur. Souvenez-vous des
Aventures dont vous êtes le héros, cette littérature orientée vers le
fantastique et la science-fiction qui a fait fureur chez un public jeune il y a quelques années.
Pagaille monstre en reprend les mêmes codes, à ceci près que les seuls créatures
monstrueuses à rencontrer sont des êtres humains, et que votre quête consiste à la fois à déceler vos sentiments amoureux et trouver une probabilité de faire aboutir votre projet de film. Vous
êtes un étudiant en fac dont les relations amicales culminent vers le n'importe quoi et votre perception de la gent féminine vous échappe (c'est qu'elles sont malignes les guêpes). Vous avez
écrit un synopsis à priori un peu dépassé (
Le Zombie qui voulait voir la mer) auquel vous aimeriez donner vie ; un destin scellé dans une enveloppe Kraft, posée entre un flacon de Coco
Chanel, des pièces d'identité inconnues et un verre de vodka. Finalement, vous ne savez pas ce qui vous attend, et ça tombe bien car vous ne savez pas non plus ce que vous voulez.
Peut-être parce que sans en avoir conscience, vous avez témoigné de votre propre vie. Vous êtes
Le zombie qui voulait voir la mer, sauf que vous ne connaissez pas la route à prendre.
Vous déambulez dans les rues de Paris, peuplées de morts-vivants qui ne se soucient pas de qui est qui mais sont heureux de se partager des beaux discours convenus et des litres d'alcool lors de
soirées frivoles, vite oubliées au lendemain. Au fil de votre ascension (ou dégringolade), vous vous demandez si les vampires n'ont fatalement pas pris le monopole sur les zombies, mais cela n'a
plus beaucoup d'importance pour vous : vous êtes maître de votre destin, tout en sachant que votre destin ne vous appartient même pas.
Pagaille monstre réunit tous les thèmes déjà abordés par
Jérôme Attal (
Le garçon qui dessinait des soleils noirs,
L'amoureux en lambeaux, l'album
Comme elle se
donne), traités avec un humour désemparé et une volonté d'initier le lecteur à un procédé ludique. Le ton est toujours aussi dénué de leçon de morale et rempli d'une bonne dose de
rock'n'roll, alors que l'aventure s'avère aussi rocambolesque que réussie, car même si certains détours se révèlent moins utiles au récit, vous vivez tout instantanément en vous sentant plongé au
coeur de l'histoire, de votre propre expérience à travers l'ennui et le désir. Bien sûr - c'est le jeu - vous risquez d'échouer lamentablement à tout ça, tout en ayant l'opportunité de
recommencer sans reproduire les mêmes erreurs.
"L'important est de savoir se désister à temps".
Jérôme Attal,
Pagaille monstre, sorti le 4 février chez Stéphane Millions éditeur
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Article rédigé par Arno Mothra