Indochine - La République des Meteors

Publié le par Métastases



la republique des meteors MAXIAvec onze albums et trente ans d'une carrière en dents de scie, Indochine représente le vilain petit canard français tant le rock qu'il porte sur ses épaules s'ouvre à des horizons ouvertement pop ; il faut dire aussi que depuis Taxi Girl, les formations affiliées à la new wave chantée dans la langue de Molière s'en sont toujours injustement pris dans le melon, par ailleurs pour pas grand-chose. Malgré quelques défauts vite balayés par une sincérité et une intégrité indiscutables, Indochine reste l'un de nos emblêmes rock nationaux, autant qu'une valeur sûre en live. Défendu actuellement par le single "Un ange à ma table" (au featuring de Suzanne Combo) et bientôt par le deuxième acte de la tournée 2009/2010 qui prendra fin au stade de France puis à Bercy (sold out), La République des Meteors atteste un souffle pas franchement décidé à s'estomper. Et c'est tant mieux.

Sorti en 2005, le double cd Alice & June prenait une direction plutôt différente de Paradize en développant un rock moins industriel et eighties quoique toujours saupoudré de synthétiseurs, sous la thématique d'un conte sans issue, sorte d'Alice au pays des cauchemars des temps mordernes. Malgré de bonnes trouvailles ("Ceremonia", "Les portes du soir", "Adora", "Alice & June"), ce dixième opus souffrait globalement d'une production assez terne et de paroles peu inspirées ("Sweet dreams", "Crash me"). La République des Meteors, contrepied total de l'Indochine du début des années 2000, revient quant à lui à un ensemble plus aéré voire nineties, explorant le thème de l'absence en une soixantaine de minutes sous l'influence de Sylvia Plath et Sophie Calle.

"Go Rimbaud, go !" entame la course frénétique du météore sous des couleurs pop et industrielles, mêlées à une énergie rock basique. En terrain connu donc. Malgré les multiples effets électroniques, le ton est brut, servi par un texte complètement déstructuré et inspiré du court récit de Marguerite Duras, L'homme assis dans le couloir. Il en sera tout autre pour la reste de la galette. Scindé en trois entre partie acoustique ("Le grand soir" à la guitare sèche et l'accordéon), électronique (voire synthpop avec la reprise de "Je t'aime tant") et apartés plus électriques et punchy ("Republika", "Playboy"), La République des Meteors ne manque pas de hits efficaces et bien balancés ("Little dolls", "Un ange à ma table", "Le dernier jour"), à califourchon entre plusieurs courants complémentaires ("Le lac", très Bowie). Plus mature et poétique que sur ses précédents travaux, la plume de Nicola Sirkis frappe juste sans oublier de jouer sur le double sens (l'ambiguïté de "Little dolls", "Le dernier jour"). Petite curiosité échappée des années 80 ("Le train sauvage") et recouverte par des simulacres électroclash, "Les aubes sont mortes" bénéficie d'un texte écrit par Chloé Delaume, auteur littéraire plus connu pour ses autofictions au style expérimental et déjanté.

Uniques fautes de goût sur les seize pistes : "La lettre de métal" et "L. world", sortes d'hymnes assez tartes pour émos, ont du mal à convaincre et gâchent le fil de l'écoute. Il en va de même pour "Bye bye Valentine", musicalement plutôt réussi mais rapidement ennuyeux. Côté bonus, dommage que l'excellent "Mexicane syndicate" - rappelant le dernier Louise Attaque et les side projects de Gaëtan Roussel - n'ait pas été inclus à l'album tant il lui apporte une touche inédite chez Indochine.

Si La République des Meteors ne révolutionne rien et n'égale ni Un jour dans notre vie ni Dancetaria, avec lesquels il est de toute façon impossible de rivaliser, il se comparerait volontiers au Baiser, disque plus doux et acoustique sorti en 1990 et dont les références littéraires autant que cinématographiques se rejoignent de bout en bout avec élégance. Un album en dehors du temps et des modes actuelles, qui devrait ravir les vieux fans du groupe ou plus globalement les amateurs de pop raffinée.


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Indochine, La République des Meteors, sorti le 9 mars 2009 chez Sony
Site
Myspace
Clip Little dolls
Clip Playboy
Clip Le lac
Clip Un ange à ma table

Article rédigé par Arno Mothra

Publié dans Musique

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