[Chroniques]

Publié le par Métastases

Velvet Acid Christ - The art of breaking apart
par Arno Mothra

velvet-acid-christ.jpgGroupe incontournable de la scène EBM, Velvet Acid Christ a toujours trouvé le ton juste pour se caractériser à travers un son précis tout en évoluant entre chaque concept discographique. Avec ce nouvel album, la bande à Bryan Erickson prend de nouveau le risque de surprendre en bousculant les codes convenus de l’électro indus ; grand bien lui fasse, car cet Art of breaking apart est un pur bijou.

Après une direction de plus en plus tournée vers le Cure sombre des années 80 sur Lust for blood (« Lust », la reprise de « The figurehead ») tout en préservant sa verve caractéristique, Velvet Acid Christ s’achemine ici dans une ambiance plus épurée (dark folk électronique). C’est bien simple : ce melting pot audacieux ferait presque passer à la trappe les titres plus traditionnels de la galette, malgré leur qualité (l’introductif « Tripped out »). The art of breaking apart ne se plie à aucun compromis : il combine avec intelligence les différentes facettes qui le forgent. « Vaporized », la deuxième piste, met bien dans le ton : morceau d’électrodark dirigé par… une guitare flamenco. Oui, vous avez bien lu ma bonne dame ; et le pire, c’est que l’effet instauré se révèle ô combien loin du ridicule. Ensuite, tout s’enchaîne et se démêle du noyau dur…

Première perle d’une longue série à venir, « Black rainbow » montre une nouvelle couleur alliée à Velvet Acid Christ, presque cotonneuse, pâle, frêle : mélange de dark folk, de cold wave et d’une base darkwave donnant au titre une portée quasi irréelle. Ce schéma atypique se reproduira plus tard sur « Killing a stranger » (« Killing an Arab » ?) et « The art of breaking apart », tout aussi convaincants et planants, las et mélancoliques. Autre surprise de taille sans tacher le décor de clichés farfelus, « Phucked up phreak » comporte quant à lui une structure hip-hop (!), se laissant ouvertement embringuer par un phrasé rap et des guitares électriques ; du déjà-vu dans le fond, moins dans la forme, mais il fallait oser. L’EBM plus basique revient au galop le temps d’un « Caustic disco » cradingue, efficace et de bonne tenue ou du plus poppy et dispensable « Killed in space », unique faux pas du cd qui se serait bien passé de cet écart ennuyeux, voire insipide.

Après cette erreur vite oubliée, l’album se conclut dans une atmosphère vaporeuse et acoustique, gracieuse et glaciale. Le triptyque final « Amnesia » / « Faithless » / « Silver », très Death In June mais saupoudré d’une touche assez pop, d’une réelle beauté, profonde et sans artifices, clôture au mieux l’ensemble. Brumeux et bouleversant, il n’altère aucune émotion grâce à une simplicité froide mais prenante.

Un excellent disque donc, sans doute l’un des meilleurs de Velvet Acid Christ d’ailleurs. Prouesse inespérée et indispensable, The art of breaking apart devrait ouvrir le champ sur un genre nouveau, qu’on espère aussi déroutant et maîtrisé.

Velvet Acid Christ, The art of breaking apart, sorti en octobre 2009
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The Dead WeatherSea of cowards
par Domino

dead-weather.jpgEnième projet de Jack White l’hyperactif (il doit être pote avec Mike Patton sûrement), The Dead Weather avait offert l’année dernière un album souffrant du syndrome Them Crooked Vultures, autrement dit, de très bons musiciens au service d’un disque ressemblant plus à un gros jam qu’autre chose. Les chansons étaient trop longues, trop bordéliques (autant parler cash), et au final l’album ne restait pas vraiment en tête et gagnait à être écouté peu de fois pour ne pas risquer l’overdose. Qu’en est-t-il de ce second opus, qui aura déboulé bien vite d’ailleurs (plus vite que le nouveau The Kills, Alison si tu entends…) ?

La première chose quand on prend le cd, qu’on regarde le clip, c’est de constater que le groupe a trouvé une identité visuelle vraiment sympa. La pochette attire l’œil de par son aspect sombre, et son ambiance shamanique déjà présente sur le premier se voit renforcée ici. Premier bon point donc, qui nous fait nous rappeler que le groupe est avant tout un projet assez rapide, monté sur un coup de tête suite à une coïncidence. On vous rappelle l’histoire : The Kills en tournée avec The Raconteurs se voit se faire emprunter sa chanteuse pour soutenir la voix d’un Jack White un peu malade. Leurs timbres se mélangeant particulièrement bien, Jack White se dit « hey, si je fondais encore un groupe ? » et monte le projet. Principalement à la batterie mais laissant son envie de chanter prendre parfois le dessus, Jack forme incontestablement avec Alison la grande partie de l’âme du combo, comme une sorte de duo fusionnel qui pourrait presque faire de l’ombre à celui que la belle forme originellement avec Jamie Hince. Celui-ci doit d’ailleurs prendre peur de la nouvelle fusion de sa comparse, car voilà que récemment il annonce créer un nouveau groupe avec sa compagne, Kate Moss… Pas sûr que la fusion soit du même niveau tant elle est ici excellente.

Car l’osmose impressionne et ce, dès le premier titre, « Blue blood blues ». Le groupe avait annoncé que l’album serait plus heavy ; il n’avait pas menti. Le son frappe de par une lourdeur et une puissance pleine d’assurance. « Je veux laisser une trace » entend-t-on. C’est bien possible que cet album y parvienne, le trio d’entrée laissant sonné car particulièrement percutant. « Hustle and cuss » commence par une rythmique tranquille pour devenir hypnotique, tout autant que le début du morceau suivant et ses claviers dont il est difficile de décrocher. « I’m mad » est une des meilleures réussites de Sea of cowards, chacun illuminant pour souligner la folie parfaitement transmise d’Alison, et il semble évident que la fin du morceau en achèvera plus d’un. Néanmoins aucun temps mort ne sera accordé, « Die by the drop » s’enchaînant et transmettant une énergie incroyable de par la fusion des voix d’Alison et de Jack, comme s’ils n’étaient ensemble qu’une seule et même personne.

Tout l’album transmet cette sorte d’évidence, de facilité. Les morceaux sont clairement plus logiques que sur le premier album et savent rester accrocheurs de la première à la dernière seconde, démontrant que le groupe sait où et comment frapper. Le son frappe, plus heavy comme annoncé, semblant parfois être un blues possédé et diabolique, chaque titre étant une étape dans la traversée d’un désert noir qui semble être le berceau de l’imagerie du groupe. Il est bien dur de trouver un point noir dans cet assemblage, toujours cohérent et constamment attirant jusqu’au dernier titre, court, efficace, immédiat.

Chapeau bas au groupe, auteur d’une très belle réussite. Chacun a su tirer leçon de ses erreurs et c’est avec un réel plaisir que s’écoute ce disque. L’autre point fort est son aspect définitivement immédiat par rapport au premier, mais qui saura également ravir sur la durée puisqu’il peut être pris également dans un ensemble cohérent et pas seulement comme une collection de chansons. Quoi qu’il en soit, et pour conclure, The Dead Weather réussit ici un très beau deuxième effort qui pourrait en rendre beaucoup jaloux. Ils sont sortis du syndrome évoqué plus haut et on ne pourra que souhaiter la même chose à Them Crooked Vultures. Allez, on espère quelque chose d’encore meilleur l’année prochaine ? Pourquoi pas…

The Dead Weather, Sea of cowards, sorti le 11 mai 2010
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GenitorturersBlackheart revolution
par Arno Mothra

genitorturers.jpgUn brin racoleur et creux dans ses textes comme dans le reste (on ne se refait pas !), ce nouvel album de Genitorturers reprend la même recette que sur le précédent à travers dix titres sauvages, rock’n’roll et sexy. Partagé entre métal basique et pop rock aux sonorités électro, Blackheart revolution ne s’avère ni novateur ni particulièrement original, mais vaut néanmoins le coup d’œil.

Sympa sans être transcendant, ce cinquième opus s’écoute sans se prendre le chou. Rien de sérieux ou de déroutant ici : ça sent la bière, la débauche, les L7, le vomi sur la moquette et les seins à l’air. Tout un programme donc, qui réussit forcément son petit effet pour les plus expérimentés dans le domaine. Pourtant, ce n’était pas franchement gagné à la base, principalement la faute à un artwork d’une laideur sans nom (y a-t-il des émos dans la salle ?) et à une introduction médiocre (« Revolution »), aussi agréable que du Arch Enemy après une soirée au jus de pomme. Le genre de mise en bouche qui ne force pas à découvrir les péripéties à venir.

Ce disque se scinde en deux parties égales, départageant des moments typiquement métal d’autres largement plus orientés pop. Bizarrement, c’est la deuxième option qui convainc le plus, partagée entre métal indus moins braillard (le communicatif « Louder ») et pop rock décadente (le très Gwen Stefani « Cum junkie »). Bien que manquant un peu d’audace, cette ambivalence fonctionne plutôt bien, tout du moins jusqu’au final complètement raté (« Tell me »), digne de la génération Fred Durst. Le problème principal de ce Blackheart revolution est que celui-ci sonne très alimentaire, certes agréable sur l’instant mais sans aller plus loin. Le genre de production qu’on ne ressort de sa collection que  deux ou trois fois après achat. Niveau intérêt, on aura connu mieux.

S’il n’excite donc pas totalement par son inégalité, ce nouvel album de Genitorturers vaut qu’on s’y intéresse malgré tout pour la diversité des ambiances et des mélodies qu’il contient. Les curieux devraient y jeter une oreille…

Genitorturers, Blackheart revolution, sorti en janvier 2010 chez Season Of Mist
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