[Chroniques]

Publié le par Métastases

SoulflyOmen
par Domino

soulfly.jpgAh la famille Cavalera et ses histoires. Fraîchement réconciliés, les frangins Igor et Max avaient pondu ensemble un album sous le nom très inspiré de The Cavalera Conspiracy, laissant entrevoir une solution à toutes ces discordes, embrouilles, départ, changement de line up et autres. Finalement non, la famille aime le chaos et s’y complait. On résume donc l’ensemble : Sepultura, fondé par les deux frères, ne possédant plus qu’un membre originel ; The Cavalera Conspiracy, vraie/fausse reformation du Sepultura d’origine ; et Soulfly, groupe personnel de Max. Bon et là on parle de quoi ? Du dernier Soulfly, Omen, qui pose une grande question : peut-on mener double carrière efficacement après un glorieux passé ?

Déjà ça commence mal, très mal. La pochette est moche, très moche. Alors certes, on ne s’arrêtera pas là mais faut avouer que ça n’attire pas le chaland. Passons et laissons-nous donc envahir par le premier morceau. Efficace, brutal sans non plus être ébouriffant, ce premier titre laisse une bonne impression. Max semble en forme (malgré son grand âge), l’instru est massive, le solo de Marc bien fichu. Et puis pouf, quasi deux minutes plus tard, c’est fini. Ça serait presque punk tellement ça en est direct. La suite est un peu plus longuette. « Rise of the fallen » est bien ficelée, plaisante tout comme la suivante, « Great depression ». « Lethal injection » propose un riff simpliste, efficace au début pour finalement paraître un peu long, malgré le solo encore une fois bien sympa de Marc. Toujours aussi attrayant, « Kingdom » fait son petit effet… Deux écoutes…

On commence alors à cerner le problème. Les morceaux sont « bien sympa », ce qui n’est pas forcément un grand gage de qualité. « Roots bloody roots » n’était pas « juste correct », c’était dantesque. On ne veut pas du passable venant d’un gars comme Max, on veut du lourd, qui nous cloue au sol. Et c’est pas « Jeffrey dahmer », un morceau qui aurait pu être énorme quand on sait la signification de son titre, qui changera cette impression. C’est finalement assez vain tout ça, pas extrêmement inspiré et surtout… Où sont passés les éléments tribaux du groupe ? Parce que bon là à part du métal qui envoie comme un groupe de collégiens qui découvrent les riffs lourds qui tachent, avouons que ce n’est pas trop la panacée. Eh bien, les éléments tribaux, figurez-vous qu’ils ont été oubliés en grande partie si ce n’est quelques évocations ici et là, histoire de rappeler quand même qu’on écoute un album de Soulfly

Alors au final, que reste-t-il de notre écoute ? Deux ou trois riffs qui resteront une heure, un jour au mieux un mois dans la tête, et seront vite remplacés par les riffs mythiques que Max a pondus ailleurs. Comme un certain Billy Corgan, il serait de bon ton que le senior Max invite son ancienne équipe à boire un verre et à se réconcilier, histoire de retrouver la fougue d’antan…

Soulfly, Omen, à paraître le 25 mai prochain
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Waiting For Words - The curve (EP)
par Arno Mothra

WFW curve-copie-1Assez habituelle en Allemagne (comme tous les courants électroniques et indépendants), l’électro pop ne fait pas vraiment la bonne gloire de la musique française. Hormis Foretaste, les groupes du genre ne sont pas légion dans l’hexagone, tout du moins en qualité. Avec l’EP The curve, Waiting For Words possède matière à s’imposer grâce à une efficacité alliant rétro et futurisme, up et mid tempo. Il y a toujours de l'espoir.

Plus direct et moins mielleux que De/Vision, lequel se contente de s’enfouir dans le passé par le biais d’une fadeur guimauve, Waiting For Words pourrait s’assimiler à l’alternative d’un OMD moderne et audacieux. Le passé prestigieux du groupe hors de nos frontières a de quoi étonner : interviews à la BBC, critiques unanimes en Europe comme aux USA, plusieurs concerts en Anglererre… C’est par ailleurs le label anglais Foundry Records qui signe The curve, premier EP d’une petite série à venir dans l’année. A l'aube de ses vingt ans de discographie, la carrière du groupe semble trouver un nouveau souffle.

Magnifiés par un mixage et une production impeccables, les six titres de The curve mixtionnent habilement structures synthpop, new wave et électrodark (si si), ce qui forme des sonorités particulières mais plaisantes, justement éloignées de la lourdeur insupportable et redondante du dernier style cité. Efficaces, « By your side », « The curve » et « For all my sins (le meilleur titre du lot) séduisent par leur côté dancefloor mélancolique, le cul entre deux chaises, alors que « AMD » clôture l’ensemble sous des nappes synthétiques, envoûtantes. Plus inégaux, les deux remixes finaux convainquent moins malgré leur esthétisme, en particulier « Cause I do believe », nasal, agaçant et beaucoup trop long. Cliché complet du pire des années 80.

Cohérent, délicat et sans trop de fausses notes, The curve devrait plaire aux amateurs, et permettre à Waiting For Words de se démarquer de la médiocrité ambiante qui plane actuellement au-dessus de la scène électro. Un bel effort, qui aurait mérité de se confirmer à travers un album du même acabit. On attend impatiemment la suite.

Waiting For Words, The curve, sorti en avril 2010 chez Foundry Records
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Madinkà - 36.02
par Arno Mothra

madinka1.jpgSouvent accusé de mauvais plagiat d’Indochine en reprenant tous les tics et clichés de celui-ci, Madinkà n’a pas franchement eu la vie facile auprès des critiques depuis ses débuts. Constat plutôt farfelu tant ce jeune groupe propose sinon un style novateur, au moins une griffe intéressante par son détachement de la scène rock et alternative.   

Malgré sa légèreté, 36.02, troisième album de Madinkà, n’est pas un disque véritablement facile d’accès. Ici, tout un univers se développe autour de l’adolescence et de ses sentiments, retranscrits avec les mots et expressions communs de cette période transitoire. On plonge dans l’essence de Madinkà comme dans un roman de Salinger : les phrases apparaissent simples, basiques, parfois un peu tartes. L’insertion au sein d’une telle œuvre ne peut s’effectuer sans embûches, voire a priori. C'est peut-être d'ailleurs là où le bât blesse, car au niveau de ses arrangements et de ses compositions, 36.02 envoûte d'emblée.

Rock expérimental (au sens académique du terme) atypique et personnel, la musique de Madinkà s’inspire de la cold et new wave française des années 80, reprend les mêmes codes pour les inscrire dans des sonorités modernes, efficaces, sous des mélodies plutôt accrocheuses. L’ambiance évoque souvent Opéra De Nuit ou Little Nemo, sublimée par des parties électroniques souples et percutantes, originales.

« Up » rentre immédiatement dans le vif du sujet par son mélange des genres, aérien, servi par un texte court à la Peter Pan. Une introduction parfaite. « Ton petit ami », en dépit d’une instrumentalisation irréprochable, rebute au premier abord par ses paroles assez quiches, simplistes (Tu m'aimes, je suis ton petit ami) ; un titre dévoilant plus d'ampleur après une insertion approfondie dans l'opus. « Anonym#31 », l’une des meilleures pistes de l’album, nous reconduit complètement vingt ans plus tôt sous une pop rock assez brute, même si la voix de Noël, le chanteur lead, paraît plutôt surjouée. L'instrumental « Life time 55 » et le final « Comme un ministère » reproduiront  plus tard le même schéma, alors que « Ton oxygen » irradie littéralement de l'ensemble par sa touche plus U2, touchante et réussie. On en dira cependant tout autre du plus convenu « Adultère », très pauvre, dont la nullité ferait presque penser à la prose de Pascal Pacaly.

Dans l'ensemble, il s'avère regrettable que certains textes, plus niais que naïfs, ne soient pas plus travaillés, car Madinkà possède un style propre, en marge, qui comporte des qualités remarquables et passionnées. Dommage également que Gwen, la bassiste déjantée (disjonctée ?) du groupe, ne s’investisse davantage dans le chant et la composition, car il faut bien le dire : cette fille décoiffe et apporte une folie bien particulière (« Trash princess » en bonus caché). On attend désormais de Madinkà plus de maturité dans les sujets qu’il compte aborder, car il mérite largement plus que son statut de petit groupe indépendant.

Madinkà, 36.02, sorti en 2005 chez KMS
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Sugizo - C:LEAR
par Domino

sugizo.jpgOn a tendance à se moquer assez rapidement des groupes ou artistes japonais. On peut accorder aux détracteurs que le peu qui nous parvient n’est pas encourageant, certes. Une certaine overdose de groupe « choupinoux-kawai » dont le principal intérêt reste toujours à découvrir, ou bien de combos singeant à 200% les Américains en se croyant faussement décadents (et vas-y que je traite de sujets glauques avec l’art d’un élève de 6eme), peut se faire comprendre. Mais c’est sans savoir qu’au Japon, il n’y a pas que ça. De la même façon qu’on a souvent une image de la France empêtrée dans la variété (quoi qu’on est pas si loin de la vérité), l’extérieur ignorant nos meilleurs artistes, on se fait souvent une fausse image du Japon. Sugizo fait donc partie de ces artistes peu connus en dehors de son pays et c’est bien dommage.

Commençant sa carrière dans le groupe Luna Sea, Yasuhiro Sugihara (de son vrai nom) entame une carrière solo en 1997. Toujours membre de son groupe d’origine, il sort un premier album bien différent de son travail avec Luna Sea. À la croisée des chemins de l’expérimental, de l’ambiant, du jazz, et de l’électro, ce premier album marque une vraie cassure dans la carrière de l’artiste, cassure qu’il ne cessera d’accentuer avec ses deux œuvres suivantes, la première étant la musique d’accompagnement d’un ballet (où il apparut également sur scène), et la seconde la bande originale du film Soundtrack, où il joua le rôle principal. Deux albums extrêmement différents du premier, ambiant, presque progressif, à l’univers évoquant parfois une sorte d’apocalypse, et le suivant étant riche en nuances et empreint d’une atmosphère poétique. Présentations faites, rentrons dans le vif du sujet.

Le titre d’intro, « Rize », envoûte dès les premières secondes. Le son est futuriste, ambitieux, propice à laisser l’imagination dessiner mille images en tête. La voix de Sugizo est chaleureuse, maîtrisée de belle manière, comme l’instrumentation et les arrangements, soignés. La deuxième piste au nom à rallonge réveillera l’auditeur par ses lourdes guitares, certes plus conventionnelles (on pensera à du néo métal en plus rugueux), mais terriblement efficace. Une longue piste presque instrumentale s’ensuit, aux ambiances electro lounge. En trois morceaux, Sugizo étonne tout en gardant une cohérence rare. « Sweet », la piste suivante, porte bien son nom. Jolie ballade doucement rythmée, elle se laisse apprécier sans aucune difficulté. « Karai » marque un retour à une présence plus musclée des guitares, et dévoile l’apparition d’un dj ainsi que d’un chant presque rappé. L’étonnement semble être réellement le maître mot de Sugizo, tant il nous balade avec facilité d’une ambiance à l’autre. Une interlude mystique suit et introduit « Voice », sorte de power ballade à l’univers à fleur de peau dont l’envoûtement se poursuit sur la piste suivante, electro lounge encore, ponctuée d’interventions guitaristiques du plus bel effet. L’ouverture de Sugizo se dévoile également avec le titre « Perfume », alternant les ambiances jazzy et chaloupées à un refrain garni de riff massifs. « Dear life », pleine de douceur, se laisse écouter avec plaisir. « Remind » est dans la veine de ce que « Voice » laissait entendre, et pourrait être une belle manière de finir l’album. C’est finalement les six minutes finales de « Pluto », rappelant ses travaux pour Soundtrack, qui clôturent l’album, nous laissant entre deux rêveries.

Aucun des clichés japonais habituels n’aura traversé notre esprit pendant l’écoute de l’opus. Sugizo surprend à chaque piste de par la diversité dont il fait preuve. On a affaire ici à l’album d’un passionné de musique, ne se posant pas de questions sur la voie à emprunter et laissant venir son art avec une évidence que beaucoup lui envieraient. Une réussite qui mérite que l’on mette de côté les a priori que l’on peut avoir sur les artistes japonais, pour se laisser envahir par l’univers ciselé du Maître.

Sugizo, C:LEAR, sorti en 2003 chez Nippon Crown
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Publié dans Musique

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