[Chroniques]

Publié le par Métastases

Placebo - Battle for the sun
par Arno Mothra

placeboPlutôt mis à mal par le succès critique et public mitigé de Meds, le précédent opus, Placebo a décidé de changer la donne en revenant à une essence plus rock, plus brute. Pas foncièrement différent dans le fond, Battle for the sun apporte néanmoins un nouveau souffle au trio.

Avec le recul, Meds n’était certainement pas un album complètement raté. Trop convenu, très plat sur ses mélodies et ses arrangements, ce cinquième effort s’éparpillait dans une surenchère de noirceur mainstream, répétitive au possible, dont le manque d’énergie érigeait en principal préjudice une lourdeur désagréable, donnant l’impression d’entendre toujours la même chose, de plus en plus fade. Malgré ces aspects discutables, une bonne poignée de bons titres sortait du lot (« One of a kind », « In the cold light of morning », « Meds », « Space monkey »), figurant parfois dans le meilleur de Placebo (« Song to say goodbye », aux accents de The Cure et New Order). Sauf que les Anglais ont bien dû se rendre compte combien ils s’étaient perdus en route.

Faussement optimiste, Battle of the sun délaisse le son électronique pour rétrograder vers des bases plus rock, flirtant parfois avec le stoner (« Breath underwater », « Battle for the sun »). Qu’on se le dise, Placebo ne change cependant rien à ce qui l’a construit, et bien qu’une image plus lumineuse semble être intégrée en premier plan afin de présenter le tout, le groupe ne chante toujours que la vie est rose. Bien plus abouti et électrique que les deux albums précédents, Battle for the sun se scinde en trois parties distinctes, éclectiques, alternant entre rock aux influences stoner, ballades traditionnelles et pop rock plus légère. Pour la première fois dans son œuvre, Placebo se paye également le luxe d’inclure des chœurs communicatifs qui, contre toute attente, apportent une autre dimension (plus directe) aux morceaux.

Si, sans se révéler foncièrement mauvais, les passages ouvertement pop gâchent un peu l’ensemble (« Ashtray heart », « Bright lights », lassants et inutiles), le reste n’est pas dénué d’intérêt et de surprises : le mid tempo de « Julien » introduit par un synthé bontempi (pour se conclure sur des violons), les cuivres de « Kings of medicine », le glam nihiliste de « For what it’s worth », le stoner nineties de « Battle for the sun ». Niveau paroles, la mélancolie et la désillusion revêtissent différents apparats, alors que la solitude face au monde s’avère être le centre du problème (« For what it’s worth », « Julien »). Ni démagos ni larmoyants, les textes de Brian Molko font mouche, alors que « The never ending-why » (single écrit par Stefan Olsdan) reprend avec efficacité cette notion d’urgence et de recherche perpétuelle.

Sans montrer le meilleur de Placebo, Battle for the sun préserve la flamme du groupe, bien et sincèrement, malgré quelques défauts somme toute peu encombrants. Placebo entretient sa jeunesse et sa verve tout en souhaitant évoluer, et ça, c’est plus que satisfaisant.


Placebo, Battle for the sun, sorti le 6 juin 2009
Site officiel

 

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Sindrome - Suicidaire (non pratiquant)
par Arno Mothra

bestofadSept ans, sept ans déjà que Sindrome distille sur la scène électro française son cynisme survitaminé, à bonne dose de Goldorak viendra casser les dents des p’tits cons. En cinq albums, un EP, une compilation de démos et le side project Crash Club, Alex s’est imposé en maître d’une « parano-pop » noire et revancharde, très personnelle, dans laquelle il peut s’avérer difficile de s’immiscer comme d’en ressortir ; Suicidaire (non pratiquant), premier véritable best of, arrive à temps pour le confirmer.

Evidemment, l’écoute d’une telle œuvre peut laisser de marbre au premier abord, la faute à une ambiance générale volontairement datée et une redondance plutôt appuyée, une approche très punk du mouvement pop électro. Bien qu’efficace, la musique de Sindrome peut s’avérer relativement difficile d’accès, à tel point qu’un avis tiède ne peut se retrouver de rigueur : on adore ou on déteste l’avalanche de décibels glaciaux.

Suicidaire (non pratiquant) revient principalement sur les cinq premiers albums du sieur en ne retenant qu’un inédit livré quelques années plus tard (« Mon étoile morte »). Ici, tous les titres-phares de Sindrome (« Club suicide », « Translucide », « Kamikaze », « Boy is the loser », « Sous le miroir ») sont évincés au profit d’une tracklist cohérente quoique parfois inégale, évinçant certaines évidences. Le côté plus dancefloor de l’artiste ne s’intègre donc nullement ici (hormis « Mon étoile morte »), ce qui est un peu dommage. Les aphorismes cyniques sont toujours de rigueur (« Comme tout le monde »), l’addiction aux substituts aussi (« Ordonnance »), de même que les coquineries et le nihilisme (« Les jeux violents »), mais il manque un petit quelque chose d’essentiel, ce quelque chose qui confère aux albums de Sindrome un côté polysémique, claustrophobe, instru-mental et clinique, qui s’écoute fort, très fort, cloîtré dans un casque et vers un luminaire fatigué.

Si Suicidaire (non pratiquant) fait indéniablement l’impasse sur les meilleurs titres de Sindrome, il permettra néanmoins aux novices de découvrir cet amas de sarcasmes électroniques, indispensables (« Les jeux violents », « Intoxication », « Ordonnance », « Vampirella », « Dynamite »), et aux autres de récupérer trois bonus inédits, dont le farfelu et déjà incontournable « Zizi Prout », générique fictif d’un manga plutôt… original !


Sindrome, Suicidaire (non pratiquant), disponible en téléchargement gratuit
Myspace

 

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Mylène Farmer - Stade de France
par Arno Mothra

0017gcfxDélaissée par les radios et les chaînes musicales depuis 2005, Mylène Farmer peut se vanter de faire exploser tous les records de vente et d’affluence en se limitant médiatiquement au plus maigre écho possible. En tel temps de crise, cela mérite considération, surtout lorsque la pop grand public se partage entre insipidité bêlée d’une voix de chèvre (Christophe Maé) et plagiat vulgaire sifflé entre les jambes (Lady Gaga). Après avoir rempli ses dates au Stade de France en seulement trois heures il y a tout juste un an, la flamboyante rousse propose aujourd’hui le dvd regroupant ses deux lives évènementiels.

Alors que les treize concerts donnés à Bercy pour l’album Avant que l’ombre… privilégiaient la diversité des percussions au détriment du rythme, globalement mou, la tournée accordée à Point de suture combinait toute l’essence de Mylène Farmer, passant par la new wave, le rock, le piano voix et l’électro pop ; un Tour 2009 marqué sous le signe de l’énergie et d’un déploiement de chorégraphies costumées.

Même si elle évince bizarrement le dernier album en date (seulement six titres interprétés), la vidéo Stade de France propose une set-list plutôt complète, arborant une rétrospective de vingt-six ans de carrière discographique. Tous les succès s’y retrouvent, ainsi que quelques morceaux moins connus (les acoustiques parfaits de « Nous souviendrons-nous » et « Laisse le vent emporter tout »). Ce dvd s’assimile donc presque à un greatest hits, même si Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont depuis longtemps abandonné le style sombre et unique qui les caractérisait.

Dans l’ensemble, on saluera la performance sans timidité aucune, d’autant plus lorsque la chanteuse daigne se prêter à une spontanéité dont elle n’est que trop rarement coutumière (mais qui lui réussit). S’il mériterait plus de punch et de folie, « Fuck them all » détonne, de même que « L’instant X », pas entendu en live depuis une douzaine d’années. « Sans contrefaçon » et « Pourvu qu’elles soient douces » bénéficient d’un sacré dépoussiérage, alors que les plus récents « Paradis inanimé » et « L’âme-stram-gram » prennent de l’ampleur par rapport à leur version originale. Clou du show, « Dégénération » se voit sublimé par une mise en scène époustouflante, à la fois mouvante et statique. Hallucinant et mémorable.

Pour les aspects négatifs, il est fort regrettable que Mylène Farmer reprenne exactement le même schéma qu’Avant que l’ombre… à Bercy (interludes chorégraphiées, partie au piano un peu longue). Niveau set-list, dommage que « Rêver » (désormais incontournable pour une bonne pause cigarette / pipi / buvette) et « California » ennuient par des arrangements entendus moult fois, ou que « Je te rends ton amour » et « A quoi je sers… », pourtant rares en live, se retrouvent finalement évincés. On notera également une conclusion hasardeuse sur « Désenchantée », achevant le concert comme en plein vol.

À côté du talent de réalisation de François Hanss qui n’est plus à prouver, difficile d’acquiescer autant d’éloges concernant le montage du film. Entre moments spectaculaires (l’entrée en scène) complètement gâchés et successions de plans trop rapides, ne permettant pas de prendre le temps d’apprécier les différentes scènes, Stade de France aurait pu se passer de quelques erreurs, rendant l’intrusion au cœur du show plutôt aléatoire.

Si ses concerts indoor valaient largement plus le coup que ceux du Stade, Mylène Farmer réussit néanmoins à combiner émotion et mégalomanie, tout en se renouvelant dans l’arrangement de ses chansons. Un bon dvd donc, quoique parfois dépassé par ses défauts.


Mylène Farmer, Stade de France, sorti le 12 avril 2010
Site officiel

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Publié dans Musique

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